de ino2811 » Lun 21 Déc 2009 17:05
je ne savais pas trop où le mettre mais je voudrais un avis sur le début de mon roman ^^ merciii ^^
1.
J'aime les nuits d'hiver, le bruit de la neige sous mes pieds, mes cheveux châtains volant au vent, héritage de mon défunt père, le nuage de fumée éphémère émanant de mes lèvres à chaque souffle, le fait que chaque petit son soit étouffé et que le temps semble arrêté.
-MARIE !
Enfin presque. Mon frère vient toujours troubler ces rares moments de détente et de tranquillité durant lesquels je marche au hasard dans notre jardin, observant les rosiers danser à chaque rafale et les branches du chêne centenaire cogner contre le banc.
-Qu'est-ce que tu veux encore?
-Maman ! Maman !
-Quoi maman?
-Elle est tombée, elle bouge plus!
Le temps repartait instantanément alors que je courais vers la maison, la peur au ventre, suivie de très près par Paul et notre Saint-Bernard, Max. Ce pauvre chien commençait à accuser le poids des années et chaque mouvement semblait l'affaiblir. Nous l'avions trouvé sur le bord de la route, avec deux pattes cassées, il y a près de treize ans de ça, le jour de notre emménagement à Minneapolis. Depuis il nous suit dans le moindre de nos déplacements. Il est celui qui a réussi à me faire quelque peu oublier ma France natale que je regrette amèrement.
Arrivée sur le porche, j'ouvrais la porte violemment et la découvrais. Elle était là, gisant sur le sol entre le canapé et la table basse. Le sang recouvrant ses longs cheveux blonds jurait avec l'ambiance joyeuse et conviviale que dégageait les bougies et le sapin de noël installés quelques heures plus tôt dans un coin de la pièce.
Tétanisée, je m'évanouissais, laissant mon petit frère de treize ans gérer seul cette situation affolante.
*
Des murs blancs m'entouraient et je croyais percevoir des chuchotements tandis que j'ouvrais lentement les yeux, reprenant peu à peu mes esprits. Seulement quelques secondes de réflexion me suffirent pour comprendre que j'étais dans un hôpital et que les chuchotements provenaient du bout de mon lit où un homme d'une quarantaine d'années vêtu d'une blouse blanche et une femme d'à peu près trente ans portant un jean sombre et un chemisier beige discutaient. Je soupçonnais rapidement le médecin de faire, à l'aide de paroles envoutantes et de clins d'œil exaspérants, du charme à la jeune femme qui était secouée de petits rires naïfs.
Je tentais un toussotement pour signaler mon réveil aux deux tourtereaux. Surpris d'avoir été écouté, le médecin pris un air gêné en s'avançant vers moi. Comme pour me faire oublier ce que je venais de voir, il me questionna rapidement sur mon état de santé, cherchant à savoir si j'avais des maux de tête, des vertiges ou encore des hallucinations.
Je me rendais alors compte que je ne connaissais pas les réponses à ces questions, je ne sentais plus rien, j'avais l'impression d'être vide, sans vie comme si mon âme avait quitté mon corps en laissant juste une enveloppe charnelle sans sentiments ni sensations.
- Comment va ma mère? Étaient les seuls mots que je pouvais prononcer.
Le grand brun continuait de gribouiller je ne sais quoi sur son calepin orange fluo sans prêter attention à mes paroles. J'observais du coin de l'œil que la jeune femme baissa la tête comme pour éviter mon regard.
- Comment va ma mère?!
Toujours rien, aucune réponse de la part des deux personnes entourant mon lit. J'avais l'impression que leur présence m'était inutile et leur indifférence me mettait hors de moi. Je ne voyais donc pas d'autre solution que le hurlement, dans l'espoir d'être écoutée.
- COMMENT VA MA MERE?!
Le médecin s’arrêta et son visage changea enfin d'expression pour s'assombrit sans pour autant qu’il quitte son cahier des yeux. Je commençais alors à comprendre, je la revoyais, couchée au milieu de notre salon, sa magnifique chevelure ensanglantée.
- Votre mère est décédée hier, on ne sait pas encore la cause de sa mort, m'annonça une voix d'homme.
Le monde s'arrêta de tourner. Ma vie perdit tout sens. Mes yeux s'embrumèrent de larmes que j'essayais en vain de contenir. Je ne pouvais l'admettre. Maman ne pouvais pas mourir. Elle était immortelle.
De longues minutes d'un silence pesant passèrent avant que je ne repense à mon frère.
-Où est Paul? Demandais-je la gorge nouée.
La jeune femme s'avança vers moi et me prit la main. Sa peau noire ressortait sur la mienne très pâle.
-Ton frère n'a pas encore été mis au courant des récents événements. Il a été placé dans un foyer où vous allez habiter jusqu'à tes vingt-et-un ans, c'est à dire jusqu'à ta majorité. Ne t'inquiète pas Marie, je suis assistante sociale et je vais vous aider à surmonter ça. Je sais à quel point ça peut être dur de perdre sa mère alors qu'on n'a même pas de père pour nous réconforter.
Je fixais le mur en face de moi, mon visage était inexpressif alors que ma voix regorgeait de colère.
-Vous savez? Vous aussi à dix-sept ans vous vous êtes retrouvée seule avec un frère de treize ans, après la mort de votre mère?
-Euh... non, non ma...mais je pense pouvoir comprendre, bafouilla-t-elle, embarrassée qu’une jeune fille de dix-sept ans puisse faire preuve d’autant de haine.
-Non, vous ne pouvez pas comprendre la douleur que l'on peut ressentir dans ces moments là.
Après une seconde de réflexion elle continua la conversation comme si de rien était.
-Tu verras, c'est un très bon foyer qu'on t'a choisi, il est réputé pour être le meilleur de tout le Minnesota, même si Hallock est une petite ville.
Je me redressais brusquement et faisais face à mon interlocutrice qui lâcha rapidement ma main dans un mouvement de recul.
-Hallock! Mais c'est à l'autre bout de l'État!
-Oui, mais nous avons voulu le meilleur pour vous.
-Le meilleur?! Être séparés de tout ce qu'on a toujours connu, de nos amis et de nos repères après avoir perdu la personne le plus chère à nos yeux c'est ça que vous appelez le meilleur pour nous?!
-Voyons Marie ne t'énerve pas de la sorte, je suis sûre que tout va bien se passer.
Je tentais de changer de sujet pour calmer quelque peu mes nerfs, en vain.
-Et que va devenir notre chien?
-Je n'en sais rien, j'imagine qu'il sera placé dans un chenil.
-Je ne peux même pas garder Max!
Elle ne répondit pas et sortit, suivie du médecin, comme s'ils avaient compris que cette conversation m'agaçait.
2.
Le foyer d'accueil était un endroit sinistre et repoussant. Les façades grises vieilles d'une centaine d'années étaient délabrées et, mis à part la vaste forêt qui l'entourait, la seule végétation résidait en un vieux buisson fané. Même la neige s'étalant au sol semblait plus grise qu'à l'ordinaire. C'est un crime de mettre des enfants dans un endroit pareil, surtout que je ne devais pas être la seule à déprimer quelque peu et à mon avis ce lieu n'était pas fait pour arranger les choses.
Une femme qui paraissait aussi vieille que la battisse se dressant derrière elle s'avança vers moi. Elle portait un tailleur bleu marine et ses cheveux grisonnants étaient réunis en un chignon parfaitement lisse sur le haut de son crâne ce qui accentuait l'air sévère avec lequel elle me toisait.
Après m'avoir longuement observé elle fini par se présenter.
-Bienvenue à l'orphelinat d'Hallock, je m'appelle madame Severy, je suis la directrice. Un agent du FBI vous attend dans le hall d'entrée et votre frère est déjà dans votre chambre, dit-elle d'une voix glaciale aussi effrayante que son visage ridé.
Le mot « orphelinat » fit monter la boule bloquée au fond de ma gorge. Je n'avais pas encore vu cela ainsi mais c'était la vérité, j'étais orpheline.
Bien qu'elle ait remarqué que j'étais au bord des larmes, son visage resta impassible et ses yeux d'un noir d'encre me fusillaient toujours par dessus ses lunettes en demi-lune. On l'aurait dit tout droit sortie d'un film de Tim Burton : sombre et inquiétante.
*
-Votre mère est morte par empoisonnement. C'est un meurtre mademoiselle Flimable. L'enquête est en cours mais nous ne disposons que de très peu d'indices, ce qui rend la tâche d'autant plus difficile. En attendant, vous devez impérativement être protégée d'éventuelles attaques du tueur, c'est pour cela que l'on vous a mis vous et votre frère dans un foyer aussi éloigné de Minneapolis, votre ville de résidence.
Au moment où l'agent Plump m'annonçait ceci mon visage resta figé, mon regard vide à tel point que je finis par me demander si je pouvais battre madame Severy. Ma mère assassinée, je ne pouvais le croire, elle qui était aimée de tous. L'image de son corps étendu au milieu de notre salon s'imposait à moi tel un parasite non désiré. Même si cette pensée m'était insupportable elle me permit néanmoins de soulever un point qui me semblait important.
-Elle n'a pas pu être empoisonnée, elle avait du...du sang sur elle quand...quand...
Je laissais la fin de ma phrase en suspens ne pouvant la terminer. Le poids sur ma poitrine était de retour tel une enclume. Et s’ils se trompaient de personne, si elle n'avait pas été empoisonnée, qu'elle avait juste fait une mauvaise chute dont elle serait rétablie dans quelques jours. C'est vrai l'empoisonnement ne laisse pas de traces.
-Non mademoiselle Flimable, reprit monsieur Plump, elle s'est cognée sur la table basse en tombant.
Sa franchise déconcertante effaça tout à coup toute forme de jovialité que son visage rondouillard et son sourire réconfortant laissaient paraitre quelques minutes plus tôt.
Je ne pouvais accepter que maman ait été tuée, c'était invraisemblable, irréel.
-Vous m'écoutez mademoiselle? Me demanda l'agent, ce qui me fit sortir de mes pensées.
-Euh...oui excusez moi.
-Je disais que dans son testament rédigé il y a plusieurs années de ça, elle affirme vous léguer tous ses biens à vous et votre jeune frère, ce qui inclut également les deux millions de dollars présents sur son compte bancaire.
Un quart de seconde suffit pour que mon masque de tristesse soit remplacé par la surprise.
-Deux millions de dollars! Mais, c'est impossible, nous vivons dans un petit deux pièces, ma mère a un salaire de misère!
-Il semble qu'elle ne vous ait pas parlé de l'argent qu'elle a reçu lors de la mort de sa sœur il y a quatre ans...
-Vous vous trompez, elle n'a jamais eu de sœur.
Il se pencha alors vers son sac en cuir noir posé sur le carrelage en marbre du foyer et en sortit un épais dossier cartonné bleu ciel qu'il commença à lire à haute voix.
-Wendy Nystire, sœur jumelle de Lucy Nystire, entrée en dépression à trente-trois ans s'est suicidée par pendaison un an plus tard, alors âgée de trente-quatre ans. Elle avait gagné quatre millions de dollars à la loterie le jour de ses vingt-deux ans. N'ayant pas écrit de testament l'argent est revenu de droit à votre mère, sa seule parente encore en vie. C'est d'ailleurs à ce moment qu'elle a apprit qu'elle avait une sœur.
-Comment peut-on ignorer qu'on a une jumelle?
-Ça, mademoiselle Flimable, l'histoire ne le dit pas.
Je pouvais sentir la déception s'installer brutalement sur mon visage. Pourquoi maman ne m'avait-elle rien dit sur cette sœur si secrète? Moi qui pensais qu'elle avait une entière confiance en moi.
L'agent Plump continua son discours sans que je lui prête grande attention.
-Vous avez compris mademoiselle? Demanda-t-il en se raclant la gorge pour capter mon attention.
- Euh... pouvez-vous répéter s'il vous plait? Répondais-je, honteuse de m'être fait prendre à ne pas l'écouter une nouvelle fois.
-Je disais que vous ne pourrez toucher cet argent que le jour de vos vingt-et-un ans et pas avant.
Cette fois-ci il ne continua pas et un silence de mort s'installa dans la pièce jusqu'au moment où une employée vint m'annoncer que ma chambre était prête et que je prenais congé sans dire un mot, laissant l'ambiance glaciale du salon surchargé de meubles anciens et imposants derrière moi.