Mercredi, la nouvelle a fait l’effet d’une bombe: les patrons de Radio France et de France Inter, respectivement Jean-Luc Hees et Philippe Val, ont annoncé l’«arrêt de l’humour» dans la tranche matinale. De fait, Didier Porte et Stéphane Guillon étaient éjectés de la grille de la rentrée d’automne. Ce dernier attirait pourtant 2 millions d’auditeurs. Il s’explique, et accuse.Comment avez-vous vécu la journée de mercredi?Stéphane Guillon: «Elle fut chargée en émotions et en fatigue. Je n’avais pas de nouvelles de ma direction mais les bruits circulaient: j’ai donc écrit ma chronique en supposant que c’était la dernière. A 18h30, j’ai reçu une lettre dactylographiée de Philippe Val me confirmant la fin de ma collaboration. Jean-Luc Hees avait eu la délicatesse de donner la veille une interview au journal Le Monde où il annonçait la chose.
Avez-vous été surpris?Ce genre de nouvelle est toujours une surprise, quand bien même je m’en doutais. Il est toujours dur de constater que le champ laissé à l’impertinence, au droit nécessaire à la caricature, est piétiné. On peut trouver mes chroniques de mauvais goût, mais j’ai toujours agi en professionnel et dans le sens du mandat qui m’avait été confié.
Didier Porte et vous-même êtes sur le même bateau?
Oui, je ne veux pas faire de distinguo. La solidarité doit jouer à fond.
Avez-vous été étonné par les nombreuses réactions à votre départ?Ça me fait très plaisir. Des gens comme Gisèle Halimi, Guy Bedos, Edwy Plenel, Rama Yade même! Et aussi, fait rarissime, une lettre de soutien de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, se disant inquiète pour la liberté d’expression. J’aimerais plus de réactions - pas pour Didier et moi mais parce qu’il existe un problème énorme à France Inter. Quand on commence à toucher aux journalistes et aux humoristes, c’est que la démocratie va mal. Une motion de défiance contre Philippe Val a d’ailleurs été votée par les journalistes.
Jean-Luc Hees a récusé toute forme de pression politique.
Evidemment, que voulez-vous qu’il dise d’autre? Mais je l’affirme: c’est une décision politique. Je savais que ma tête et celle de Didier Porte étaient dans le contrat d’engagement de Hees et de Val. Il y a un an et demi, peu avant leur nomination, j’ai reçu un coup de téléphone assez terrifiant de la part d’une personne très proche du pouvoir. L’info était précise, elle m’a glacé le sang: le cahier des charges des nouveaux dirigeants était de m’éjecter à terme.
Faites-vous une distinction entre Philippe Val et Jean-Luc Hees?Non. Ce sont deux personnes extrêmement brutales dans leur comportement, dans leur lâcheté aussi car il ne disent jamais rien aux gens, ils les laissent deviner par eux même qu’ils sont virés ou que leur émission passe à la trappe. Hees avait dit qu’il ne traiterait pas les gens comme il avait été traité lui-même comme directeur de France Inter C’est le syndrome de l’enfant battu qui bat ses enfants.
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Qu'en pensez vous? Stephane Guillon est t-il un humoriste satirique, victime de la censure de l'Etat ?