Depuis 2005, Ollivier Pourriol anime dans les salles obscures et les écoles des débats-conférences passionnants autour de la philosophie et du cinéma. Ou comment marier X-Men et Spinoza. A quelques jours de l'épreuve du bac, il a entrepris d'expliquer les auteurs au programme. Reportage et entretien.
Soyez honnête. Qui a vu dans Collateral, de Michael Mann, que le tueur à gages interprété par Tom Cruise appliquait la méthode de Descartes pour parvenir à ses fins ? Ou que X-Men était un film spinoziste, partant du principe que "chaque être a sa perfection propre" ? Pas grand monde, apparemment. Ce qui n'est pas grave, rassurez-vous. Après tout, être cinéphile, c'est préférer Hitch à Nietzsche, considérer que Marx s'appelle Groucho et voir dans Platon une faute d'orthographe dans le titre d'un film d'Oliver Stone.
Pourtant, le public attentif et sagement assis dans cette salle du MK2 Bibliothèque, à Paris, a l'air de considérer - bizarrement, si l'on peut se permettre - qu'Alain est davantage un philosophe que le prénom d'un fameux acteur français. Il y a là des retraités, des parents, des bandes et des solitaires. Des jeunes surtout, lycéens pour la plupart, venus écouter le cours de cinéphilo qu'Ollivier Pourriol consacre aux différents auteurs au programme du bac. Un prolongement au cycle de conférences annuelles qu'il donne depuis 2005, devenu un livre passionnant, Cinéphilo (Pluriel/Fayard), puis un deuxième, Vertiges du désir (Nil).
La conférence du jour, consacrée à Spinoza, se termine. Le samedi 11 juin, ce sera au tour d'Hegel, analysé à partir de Heat, de Fight Club et de La Ligne rouge. Chaque cours-conférence est mis en ligne sur Cinephilo.fr. C'est de l'Internet. Un truc moderne. L'entretien avec Ollivier Pourriol qui suit s'est fait de chair et en os, avec un bon vieux magnétophone, en essayant de suivre un plan cartésien dans l'enchaînement des questions, mais sans y parvenir vraiment. Y a encore du boulot.
Votre démarche consiste-t-elle à comprendre le cinéma par la philosophie ou la philosophie par le cinéma ?
C'est une hybridation. Un laboratoire. Je n'ai pas de méthode. Les films me portent. Quand je vois Fight Club, de David Fincher, je sais que je vais pouvoir expliquer la typologie de l'inconscient et la différence entre Freud et Jung. Il s'agit d'ouvrir le regard sur les films par des outils philosophiques. La philosophie, c'est structurant, et le cinéma, c'est bouleversant. Dans un film, il y a une pensée implicite. Indépendamment du jugement esthétique, quelque chose se répand en deçà de la surface de la peau de la pensée. La philosophie occidentale est présentée comme un déploiement de concepts conscients. Le cinéma, lui, c'est de la méditation. Devant l'écran, une idée rentre sans résistance, comme lors d'un massage. Alain dit que comprendre, c'est ne pas chercher à comprendre. Pour saisir une pensée, il faut être familier avec elle et arrivera un moment où on la comprendra.
Vous utilisez souvent comme exemples le cinéma de genre ou les films à grand spectacle. Pourquoi ?
J'évoque aussi Tarkovski, Rossellini ou Godard, mais, c'est vrai, je me sers beaucoup du cinéma américain, car il est le seul à prendre le risque de créer un imaginaire doté d'une grande puissance d'incarnation. La science-fiction, notamment, est un matériau très riche. N'oublions pas que, dans la philosophie, il y a l'idée d'une fiction, de ce que l'homme pourrait être. Dans Blade Runner, de Ridley Scott, la question du film est celle que pose Kant : qu'est-ce que l'homme ? Ou Descartes : quel est le critère pour savoir que j'existe ? La question n'est plus cérébrale, mais incarnée et mise en situation. J'essaie de rendre le regard actif pour poser des questions qui traversent les catégorisations esthétiques habituelles.
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Zeprohète a écrit:C'est vraiment une excellente idée, les films cités donnent largement matière à réflexion dans le domaine de la philo.


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